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Un « cauchemar d’anxiété » : selon les défenseurs des anciens combattants, le nouveau régime de prestations des Libéraux ne comporte guère de raisons de célébrer

21 décembre 2017 - Beatrice Britneff

Le ministre des Anciens Combattants Seamus O'Regan

Crédit photo : La Presse Canadienne


Après l’annonce de mercredi du gouvernement libéral sur les nouvelles prestations à l’intention des anciens combattants blessés qui ont pris leur retraite des Forces canadiennes après 2006, les défenseurs des anciens combattants se sont dits plus déçus que soulagés.


Il y a onze ans, Ottawa a remplacé l’ancien régime de pension des anciens combattants par la Nouvelle Charte des anciens combattants, une mesure controversée et critiquée depuis une dizaine d’années pour avoir lésé les militaires retraités canadiens. Les critiques prétendent que la Charte fournit moins d’aide financière au cours de la vie d’un ancien combattant que l’ancienne Loi sur les pensions et exhortent le gouvernement à y remédier depuis de nombreuses années.


Malgré l’espoir que le nouveau régime annoncé hier, du nom de « Pension à vie », pourrait exaucer ce souhait, une nouvelle prestation instaurée en vertu de ce régime ne cible que les anciens combattants très handicapés. Les défenseurs affirment que la « grande majorité » des anciens combattants ne constateront aucune différence dans leur indemnisation.


Pour Sean Bruyea, défenseur des anciens combattants et ancien officier de l’Aviation canadienne, les différences entre les paiements que les anciens combattants peuvent s’attendre à recevoir en vertu du nouveau régime soulèveront inévitablement des questions d’équité et de parité.


« Cela va créer beaucoup de dissension, beaucoup de discorde dans la communauté des anciens combattants. Dans l’ensemble, je pense que ce n’est pas bon pour leur bien-être », a-t-il déclaré. 


« Un très grand nombre d’anciens combattants seront bouleversés. La parité n’existe toujours pas. Les écarts vont augmenter. Je pense que ce programme a créé un tout nouveau système de castes d’anciens combattants. »


Lors d’une conférence de presse tenue à Ottawa hier, des représentants du gouvernement ont déclaré qu’ils avaient l’intention d’accroître le soutien aux anciens combattants « les plus démunis ».


« Cela ne plaira pas à tout le monde, mais cela respecte notre promesse de clarifier et de simplifier les trois piliers du soutien offert aux anciens combattants, a déclaré Seamus O’Regan, ministre d’Anciens Combattants Canada.


La « Pension à vie » combine six programmes de soutien du revenu existants en une seule prestation qui, selon le gouvernement, simplifiera un système que de nombreux anciens combattants estiment difficile à naviguer. 


D’après les précisions fournies par le gouvernement hier, M. Bruyea a dit ne pas croire que les anciens combattants et leurs familles seront mieux lotis qu’ils ne le sont en vertu de la Nouvelle Charte des anciens combattants.


M. Bruyea a indiqué que le processus de demande pourrait devenir plus simple lorsque les prestations auront été combinées, mais il croit toujours que les critères d’admissibilité demeurent trop complexes.


« Cela va créer un cauchemar d’anxiété pour les anciens combattants et les membres de leurs familles », a lancé M. Bruyea, au sujet de la conférence de presse à laquelle il a assisté.


La décision de rétablir la possibilité pour les anciens combattants blessés de recevoir une pension mensuelle à vie constitue un aspect plus apprécié du nouveau régime du gouvernement. La Nouvelle Charte des anciens combattants avait aboli la pension à vie et remplacé l’indemnité pour souffrance et douleur par un versement forfaitaire.


M. O’Regan a déclaré qu’il estimait que l’annonce d’hier représentait un « programme juste et équitable » pour ceux qui ont servi le pays.


Mais rien ne changera officiellement avant 14 mois, car le gouvernement dit que le régime « Pension à vie » entrera en vigueur le 1er avril 2019.


M. O’Regan a dit qu’il est important que le ministère des Anciens Combattants ait le temps de se préparer au nouveau système et de « bien faire les choses ». Cependant, devant l’insistance des médias, il a admis qu’il est injuste de demander aux anciens combattants blessés d’attendre encore plus longtemps les changements qu’ils souhaitent depuis des années.


« Tout ce que je peux faire, c’est soutenir leur regard et dire que nous faisons de notre mieux », a-t-il dit. « Je veux qu’ils l’obtiennent aujourd’hui.


Nous n’en sommes pas au stade de la mission accomplie. À bien des égards, ce n’est que le début. »