Les virus sont désormais la plus récente arme de l’arsenal thérapeutique contre le cancer

L'Institut de recherche de l'Hôpital d'Ottawa
 

Cells.
 

Un virus pourrait-il guérir le cancer? S’il n’en tenait qu’au Dr John Bell, la réponse est un oui très prometteur.

Selon le Dr Bell, scientifique principal à l’Hôpital d’Ottawa et professeur à l’Université d’Ottawa, les virus pourraient occuper un rôle aussi important que les interventions chirurgicales, la radiothérapie et la chimiothérapie dans le traitement du cancer.

Nos organismes sont composés de trillions de cellules. Des facteurs comme le tabagisme, les rayons ultraviolets et la malchance pure peuvent modifier nos cellules qui se propagent alors de manière incontrôlable, se transformant en cancer.  Il y a plus de 15 ans que le Dr Bell a songé, pour la première fois, que les virus pouvaient constituer un traitement possible pour le cancer.

« Nous étions en train d’étudier les changements moléculaires qui permettent aux cellules cancéreuses de croître aussi rapidement et avons constaté que plusieurs de ces changements réduisent aussi la capacité des cellules à combattre certains virus », explique-t-il. « Quand elles deviennent cancéreuses, c’est un peu comme si nos cellules faisaient un pacte avec le diable : elles se propagent plus rapidement, mais sont aussi vulnérables aux virus. »

Cette idée a donné lieu à un champ de recherche sur le cancer entièrement nouveau. Le Dr Bell et ses collègues ont repéré plusieurs virus qui éliminent les cellules cancéreuses naturellement et mieux que ne le font les cellules normales. Ils ont également utilisé des techniques de laboratoire spéciales pour créer de nouveaux virus qui y parviennent encore mieux. Des études en laboratoire ont montré que ces virus peuvent se propager dans les tumeurs cancéreuses et les détruire, sans nuire aux cellules normales.

Poursuivant l’idée, le Dr Bell et ses collègues sont passés des essais en laboratoire à des essais cliniques sur des patients. Récemment, ils ont lancé le tout premier essai clinique au monde de virothérapie double contre le cancer. Cette thérapie expérimentale a été élaborée conjointement par l’Hôpital d’Ottawa, le Centre hospitalier pour enfants de l’est de l’Ontario, l’Université McMaster et l’Université d’Ottawa. Elle a recours à un virus dont la présence a d’abord été découverte chez des phlébotomes — ou mouches de sable — du Brésil et un autre virus, associé à une forme de rhume banal. Elle est conçue pour mobiliser le système immunitaire de l’organisme pour lutter contre le cancer, en plus de combattre les virus.

« Notre système immunitaire s’apparente à une petite armée qui aide l’organisme à repousser les virus et les bactéries », précise le Dr Bell. « Mais lorsqu’une cellule cancéreuse est infectée par un virus, le système immunitaire finit souvent par combattre le cancer et le virus. Nous livrons bataille au cancer sur deux fronts. »

L’essai clinique portera sur quelque 79 patients d’Ottawa, Hamilton, Toronto et Vancouver, tous atteints d’un stade avancé de cancer. Pour y participer, les patients doivent avoir essayé toutes les thérapies possibles, entre autres nombreux critères.

« Comme l’essai est en cours, nous ne savons pas encore si cette thérapie particulière agira sur les êtres humains. Mais nous sommes confiants d’être sur la bonne voie et qu’une forme de virothérapie finira par jouer un rôle important dans le traitement du cancer. »

De fait, les États-Unis ont récemment approuvé la première virothérapie contre le cancer, du nom de T-Vec. Cette thérapie fait appel à un virus qui cause un herpès labial (ou feu sauvage). Elle s’est avérée très prometteuse pour traiter certains types de cancer de la peau.

Le Dr Bell et son équipe sont déjà en train de planifier plusieurs autres essais cliniques. Ils ont récemment obtenu une subvention de 60 millions de dollars pour créer un réseau national de recherche sur le cancer, du nom de BioCanRx. Ils ont également mis sur pied une « fabrique » sophistiquée à l’Hôpital d’Ottawa, pour produire les virus nécessaires aux essais contre le cancer du Dr Bell, de même d’autres virus et vaccins pour des clients externes autour du monde.

« L’appui du public a été indispensable pour notre recherche. Nous sommes vivement reconnaissants de l’aide fort généreuse dont nous avons bénéficié », conclut le Dr Bell.

 

Les essais cliniques de virothérapie de l’Hôpital d’Ottawa n’acceptent qu’un nombre limité de patients dotés de caractéristiques très spécifiques. Toutefois, de nombreuses autres thérapies expérimentales contre le cancer sont offertes à l’Hôpital d’Ottawa et ailleurs au pays. Pour en savoir plus sur le sujet ainsi que d’autres importants travaux de recherche en cours, parlez à un oncologue ou visitez http://www.irho.ca/newsroom/default.asp.