Il n’y a pas que les safaris...

Sandra MacGregor

 

Pour les voyageurs friands d’aventure, peu de destinations éveillent autant l’imaginaire que l’Afrique australe et ses safaris. Or, s’il est vrai que cette région exotique et singulière regorge d’occasions uniques d’admirer la faune, ses paysages exceptionnels et mystérieux offrent également une pléthore d’excursions incontournables et tout aussi fascinantes et inoubliables qu’un safari. Voici, pour aiguiser votre sens de l'aventure, quatre parcours illustrant les autres richesses dont l’Afrique australe regorge et qui sauront intéresser les globe-trotters avides d’explorer différents paysages de cette région aux multiples facettes.

                                                                                                                                                    Crédit:  Sandra Macgregor

 

Les vignobles du Cap-Occidental et d'Afrique du Sud

Plus de 300 établissements vinicoles parsèment le territoire pittoresque du Cap-Occidental, en Afrique du Sud (nombre d’entre eux sont situés à moins d’une heure de route de Cape Town), et leurs propriétaires s’empressent de faire goûter aux voyageurs assoiffés les nectars qu’ils parviennent à extraire de leurs modestes vignes.

Depuis une vingtaine d’années, les amateurs de vin et de bonne chère de partout dans le monde s’intéressent aux vignobles d’Afrique du Sud. Bien que les cépages y soient classés du « Nouveau monde », le vin demeure une tradition ancestrale ici. De fait, si le pays cultive ses vignes depuis les années 1600, il faudra attendre la fin de l’apartheid pour que débute l’exportation du vin. Aujourd’hui, les vins d’Afrique du Sud se classent au premier rang des concours et ils reçoivent bonne presse dans les magazines réputés, comme le Wine Spectator.

Si ses vins ne sont pas aussi connus que les millésimes produits en Europe, en Amérique ou en Australie, il reste que sur le plan des paysages, l’Afrique du Sud gagne haut la main. Avec ses montagnes rocailleuses coiffées de nuages et surplombant des vallées verdoyantes et des rivières sinueuses, la beauté de la région est sans égal. Nombre de salles de dégustation (particulièrement dans les régions de Constantia et de Stellenbosch) sont aménagées sur des domaines centenaires abritant des chaumières de style Cape-Dutch, qui, avec leurs murs blanchis à la chaux et surmontés de pignons ornés, illustrent l’architecture d’inspiration hollandaise à la perfection.

Comme la plupart des touristes répondent à l’appel du safari ou n’en ont que pour les charmes de Cape Town, les visiteurs curieux d’explorer les vignobles d’Afrique du Sud peuvent s’attendre à un service chaleureux et attentif, sans se sentir pressés d’arriver premiers au comptoir de dégustation. Comme si le paysage, les millésimes délectables qu'on y trouve et l’accueil intimiste ne suffisaient pas, les visiteurs seront également époustouflés par le coût abordable de cette expérience vinicole raffinée. Nombre de vignobles, même les plus prestigieux, proposent des dégustations gratuites ou à très peu de frais (on demande rarement plus de 5 $ pour une dégustation), et il est possible de se procurer des vins très honnêtes pour moins de 10 $. Séduit, un touriste confiait au moment de sa visite récente : « Je ne saurais dire si j’apprécie autant ce vin parce qu’il est délicieux, ou parce que la beauté qui m’entoure titille mes papilles. » Voilà une ambivalence que nous souhaiterions tous pouvoir vivre.

                                                                                                                                                    Crédit:  Sandra Macgregor

 

Les chutes Victoria, au Zimbabwe

En Afrique australe, où chaque détour semble dissimuler un trésor naturel, faunique ou culturel, les chutes Victoria se démarquent. Perchées à 360 pieds de hauteur et s’étalant sur un mille en largeur, elles laissent immanquablement les visiteurs bouche bée. Si aucun visiteur comprend d'emblée pourquoi cette attraction est considérée comme l’une des sept merveilles du monde de la nature, il est curieux que ce site inscrit au Patrimoine mondial de l’UNESCO soit relativement peu achalandé, bien qu'on en chante les louanges partout dans le monde.

Les chutes Victoria sont situées à la frontière de la Zambie et du Zimbabwe, et l'on peut y accéder en passant par l’un ou l’autre de ces pays. Cependant, la plupart des visiteurs s’y rendent en passant par la Zambie, en évitant le Zimbabwe qui, malgré son point de vue plus vaste et plus intéressant, rebute les visiteurs à cause de son passé trouble. Cela change progressivement, en parallèle à la nouvelle stabilité politique et économique du Zimbabwe, et au fait que la région avoisinant les chutes se taille une réputation, d’ailleurs méritée, de destination touristique des plus accueillantes et sécuritaires au pays.

Par ailleurs, les voyageurs qui choisissent d'accéder aux chutes en passant par le Zimbabwe ne seront pas déçus. Si vous êtes de ceux-là, sachez que vous jouirez non seulement des meilleurs points de vue sur cette gigantesque masse d’eau, mais que vous éviterez aussi les longues filées d’attente, et les jeux de coudes pour parvenir à un belvédère intéressant pour observer l’un des plus remarquables chefs-d’œuvre de dame nature. Aiguisez votre sens de l’aventure et n’espérez pas une signalisation étoffée, des cartes de sentiers détaillées ou une abondance de garde-fous de sécurité. Contrairement à l’Amérique du Nord où un tel site serait hautement commercialisé et pullulerait de touristes, les chutes Victoria sont agréablement peu achalandées. Votre visite s’y déroulera sans cérémonie, le long d’un parcours bordé de barrières bancales, faites de broches et de bâtons, où le nombre de singes verts surpasse celui des touristes.

Après vous être rassasié de la vue, ne manquez pas de visiter la ville du même nom. Les habitants sont accueillants et la région abrite nombre de marchés qui proposent une grande variété de pièces artisanales. Vous dénicherez incontestablement des aubaines, mais la véritable trouvaille à Victoria Falls sont les fameuses sculptures de pierre Shona. Ces œuvres d’art inédites se vendent pour des milliers de dollars à l’étranger mais ici, vous vous vous en procurerez pour une fraction du coût.

Concluez votre journée agréablement en sirotant un cocktail à l’hôtel historique Victoria Falls. Tout en contemplant vos achats de la journée et le paysage qui s’offre à vous, vous ne manquerez pas de vous extasier devant l’abondance des merveilles naturelles et artificielles de la région.

 

À bord du Zambezi Queen, au Botswana

Les inconditionnels de safaris pourraient pourraient fort bien intensifier le coefficient aventure en effectuant un safari fluvial à bord du bateau de croisière Zambezi Queen, sur la rivière Chobe, au Botswana. Cette luxueuse caravane flottante équipée de 14 cabines descend les 22 kilomètres de la rivière, pendant que ses passagers admirent la nature et la faune remarquables, les pêcheurs locaux et les villages qui bordent ses rives, sans oublier des couchers de soleil époustouflants.

La rivière Chobe sépare la Namibie et le Botswana, et traverse le Parc national de Chobe, qui a la réputation d'abriter la plus grande réserve d’éléphants en Afrique (estimée à 120 000 individus). En plus de ce nombre impressionnant de pachydermes, on y compte une multitude d'hippopotames, de girafes, de zèbres, d’antilopes, de crocodiles, de varans géants, ainsi qu’une très grande variété d’oiseaux. En contemplant la rivière, il est difficile d’échapper à cette sensation que les autres passagers et vous faites tourner un gigantesque kaléidoscope dont chaque rotation révèle une facette d’un monde sauvage inédit et captivant. Rassurez-vous, bien que le navire ne compte pas de salle de musculation, vous maintiendrez votre forme physique en courant précipitamment d’un bord à l’autre du bateau, de la proue à la poupe, lorsque l’équipage vous avertira d’un coup d’œil à ne pas manquer.

Ce qui rend aussi ce voyage unique est que, contrairement aux pavillons qui accueillent les safaris traditionnels, et ce qui rend ce voyage unique, il n’y a pas de réveil à 4 h du matin à bord du bateau. Ce n’est pas étonnant puisque la faune sauvage vous entoure déjà, vaquant librement à son quotidien, sous le regard admiratif des passagers. Par ailleurs, une sortie de pêche ou la visite d’un village namibien ne sont que quelques-unes des excursions proposées, et chaque journée se termine par une croisière au soleil couchant à bord d’un canot taillé à la main ou d’une chaloupe de plus grande taille. Les passagers, verre de vin et canapé en main, peuvent ainsi se rapprocher davantage de la faune riveraine.

Notez bien que, si vous n’êtes pas obligé de vous lever tôt, vous le ferez probablement afin de ne pas manquer le plaisir décadent et inégalé de contempler l’Afrique et sa faune sauvage depuis le balcon-pont de votre cabine, tout en sirotant votre café au soleil levant, toujours vêtu de votre pyjama.

 

                                                                                                                                                    Crédit:  Sandra Macgregor
 

Ibo, au Mozambique

L’étonnante beauté métissée d’Ibo, une petite île de l’archipel des Quirimbas au Mozambique, se résume parfaitement par ces mots d’un compagnon de voyage : « Parmi tous les endroits que j’ai visités, c’est à Ibo que je viens pour oublier le reste du monde. Ici, le temps s’arrête véritablement ». Peu connue à l’extérieur de l’Afrique australe, cette île peu habitée fut un poste de traite arabe fort achalandé pendant près d’un millénaire. Puis, les Portugais y établirent une colonie dans les années 1500, transformant Ibo en un important centre voué à l’exportation de l’ivoire, de l’ambre et des esclaves.

Grâce à son passé coloré, bien que souvent triste, son histoire et ses anciens édifices de style colonial, l’île et l’archipel avoisinant sont candidats à une inscription à la liste du Patrimoine mondial de l’UNESCO. L'organisation décrit le site comme « un exemple exceptionnel de l’évolution d’une culture spécifique ayant su réunir et amalgamer les facettes disparates des cultures d’Afrique, des pays arabes, de l’Inde et d’Europe depuis plus d’un millénaire ». Nombre de ces cultures ont laissé une empreinte inaltérable dans l’île, lui insufflant un dynamisme et une ambiance dont on trouve encore écho aujourd’hui, tant chez ses habitants que dans son architecture.

En plus d’une église catholique, de résidences et d’édifices de commerce, l’île abrite aussi quelques forts construits par les Portugais, dont le plus réputé, le fort São João Batista. Cette ancienne aire d’attente à l’intention des esclaves est aujourd’hui un carrefour important pour les joailliers de l’île, qui s’y retrouvent pour vendre leurs bijoux en argent finement ciselés. Le savoir-faire de ces orfèvres est d’ailleurs reconnu dans toute l’Afrique australe.

Cependant, même si vous n’êtes pas féru d’histoire ou que les bijoux en argent vous intéressent peu (cependant, je vous mets au défi de revenir sans un bracelet ou deux), Ibo a beaucoup à offrir. Si l’île ne compte aucun projet d’exploitation commerciale, ses maisons joliment délabrées, ses édifices de style colonial qui s’effritent, sa végétation luxuriante et désordonnée, et ses chemins de terre charment d’emblée et font de cette petite ville endormie un havre reculé qui saura plaire à ceux qui cherchent à s’évader. Les visiteurs ont l’abondance du choix; plongée avec tuba, croisières au soleil couchant à bord d’un boutre, une embarcation étonnante construite à la main, la visite de villages, et des escapades d’une île à l’autre. Cependant, l’activité la plus intéressante reste sans doute le contact avec les résidents de l’île. N’étant pas habitués à la présence de visiteurs, les habitants ne dédaignent pas les touristes, les accueillant plutôt avec un sourire chaleureux, en balbutiant quelques mots dans un anglais hasardeux. Il est rare de dénicher une telle oasis, gorgée de soleil, à la fois peaufinée par le temps et intemporelle.