Du bord de l’oubli à l’espoir retrouvé
Une équipe de fonctionnaires chevronnés a contribué à sauver la grue blanche, le plus grand oiseau d’Amérique du Nord, dont la population était tombée à seulement 22 individus dans les années 1940.
La recherche d’un mystérieux site de nidification a contribué à sauver le plus grand oiseau d’Amérique du Nord.
En l’honneur de la Semaine nationale de la fonction publique, nous présentons une série de découvertes, d’innovations et de réalisations rendues possibles grâce au travail des fonctionnaires. Tous les jours, les fonctionnaires travaillent assidûment à servir la population canadienne, et ces articles illustrent certaines des réalisations particulièrement remarquables qui ont permis de relever certains des plus grands défis de l’humanité. Des percées médicales aux solutions audacieuses, en passant par une ingéniosité créative hors du commun, nous mettons en lumière le talent, les compétences et la détermination dont ils et elles ont fait preuve pour mener leur mission à bien.
Dans les années 1940, il ne restait que 22 grues blanches dans le monde. On estime qu’elles étaient environ 1 500 au milieu du XIXᵉ siècle. Cet oiseau majestueux, qui est le plus grand oiseau indigène d’Amérique du Nord, mesure environ cinq pieds de haut. Son plumage blanc et ses longues pattes en font une cible fréquente pour les photographes… et, autrefois, pour les chasseurs. L’espèce avait été poussée au bord de l’extinction en raison du tir (aujourd’hui illégal) et de la destruction de son habitat dans les Prairies, conséquence de l’expansion agricole.
Au début des années 1940, la population diminuait rapidement, mais cela n’a été découvert que plus tard, car les derniers oiseaux étaient très visibles dans leurs aires d’hivernage autour du golfe du Mexique. Le mystère, à l’époque, était de savoir où ils nichaient dans le Nord. Le dernier nid observé remontait à 1926, en Saskatchewan.
En 1954, les agents forestiers Dan Landells et George Wilson se rendaient en avion vers un feu de forêt et ont aperçu, en contrebas, de grands oiseaux blancs qu’ils ont cru être des grues blanches. Le biologiste régional William Fuller a aussitôt pris l’hélicoptère suivant et a confirmé qu’il s’agissait bien de grues blanches, installées dans le parc national Wood Buffalo. En 1955, le biologiste du Service canadien de la faune Ray Stewart s’est joint à l’ornithologue américain Robert Porter Allen et à Bob Stewart du U.S. Fish and Wildlife Service pour une reconnaissance terrestre, traversant ainsi des « milieux humides les plus inhospitaliers qu’on puisse imaginer », en canot et avec des portages, selon Parcs Canada.
Après deux expéditions infructueuses, l’équipe était sur le point d’abandonner lorsque deux membres ont pu être déposés à un nouvel emplacement en hélicoptère. Et cette fois, la chance a tourné.
« Il a fallu 31 jours et beaucoup d’efforts. Mais qu’on se le tienne pour dit : à 14 h, en ce 23 juin, nous sommes au sol avec les grues blanches! Nous y sommes enfin arrivés », rapporte un membre de l’équipe, cité dans Cranes, A Natural History of a Bird in Crisis.
Les initiatives de rétablissement ont commencé en 1966, lorsque le biologiste du Service canadien de la faune Ernie Kuyt et son équipe ont supervisé une première collecte d’œufs sauvages en vue de l’élevage en captivité. Ils traversaient les milieux humides à pied et ne prélevaient jamais plus d’un œuf par nid. Ils les transportaient… dans des chaussettes. Des bouillottes et un incubateur portatif maintenaient les œufs au chaud jusqu’à leur arrivée au Patuxent Wildlife Research Center, au Maryland.
Entre 1966 et 1998, 242 œufs ont été envoyés vers des installations d’élevage en captivité, dont le Zoo de Calgary. M. Kuyt, qui a reçu l’Ordre du Canada pour son travail, a dirigé un projet de baguage coloré à partir de 1977, suivi d’un programme de radiopistage entre 1981 et 1983.
Bien que l’espèce demeure en voie de disparition, on compte désormais 557 grues blanches dans la population Aransas–Wood Buffalo. Elles nichent dans le parc national Wood Buffalo, à cheval entre l’Alberta et les Territoires du Nord-Ouest, et passent l’hiver sur les côtes du Texas. La population continentale totale, ce qui comprend les oiseaux vivant à l’année en Floride ainsi que ceux en captivité, s’élève maintenant à 830 individus. Les grues demeurent menacées en raison de leur faible effectif, de leur rythme de reproduction lent et des dangers liés à leur migration, qu’elles effectuent deux fois par an.
Les scientifiques de Parcs Canada et du Service canadien de la faune poursuivent l’élaboration d’un plan de rétablissement visant à atteindre 1 000 oiseaux d’ici 2035.