Plus rustiques, mais tout aussi parfumées
Des scientifiques fédéraux ont sélectionné une lignée de rosiers suffisamment rustiques pour supporter les hivers canadiens sous une simple couverture neigeuse, sans protection horticole supplémentaire.
Rosa « Martin Frobisher », premier rosier de la série Explorateur, a été développé dans le cadre d’un programme fédéral de sélection qui a transformé le jardinage dans les climats nordiques.
En l’honneur de la Semaine nationale de la fonction publique, nous présentons une série de découvertes, d’innovations et de réalisations rendues possibles grâce au travail des fonctionnaires. Tous les jours, les fonctionnaires travaillent assidûment à servir la population canadienne, et ces articles illustrent certaines des réalisations particulièrement remarquables qui ont permis de relever certains des plus grands défis de l’humanité. Des percées médicales aux solutions audacieuses, en passant par une ingéniosité créative hors du commun, nous mettons en lumière le talent, les compétences et la détermination dont ils et elles ont fait preuve pour mener leur mission à bien.
Dans Les Deux Nobles Cousins, William Shakespeare a écrit : « De toutes les fleurs, il me semble que la rose est la meilleure. » S’il avait connu les rosiers canadiens de la série Explorateur, il aurait sans doute fait tout un éloge.
La série Explorateur regroupe 25 variétés de rosiers rustiques mises au point au fil de nombreuses années par Agriculture et Agroalimentaire Canada. Ces rosiers exigent très peu de soins ou de traitements, et peuvent survivre à des températures glaciales lorsque les conditions s’y prêtent. Mieux encore, ils fleurissent tout l’été et ne demandent presque aucune taille. Bref, un véritable rêve de jardinier au Canada!
Ces variétés de rosiers sont le fruit de la création de fermes expérimentales établies partout au pays à partir de 1886. William Saunders, premier directeur de la Ferme expérimentale centrale d’Ottawa, a lancé le projet en croisant des variétés de rosiers rustiques. Une chercheuse du nom d’Isabella Preston a poursuivi le travail entre 1920 et 1940. Le projet a été mis en pause après son départ, jusqu’à ce que Felicitas Svejda reprenne la bêche et conçoive ce que l’on appelle aujourd’hui la série Explorateur.
Née à Vienne, Mme Svejda a obtenu son doctorat en sciences agricoles en 1948 et a immigré au Canada en 1953, année où elle a grossi les rangs du ministère. Elle a d’abord travaillé comme statisticienne à la division des céréales, puis, en 1961, a intégré la division de sélection des plantes ornementales, où elle a commencé à étudier les rosiers. Elle a pris sa retraite en 1985 et est décédée en 2016, à l’âge de 95 ans, des suites de complications liées à la maladie d’Alzheimer.
Mme Svejda a repris des rosiers issus d’expériences antérieures et les a croisés avec de nouvelles variétés mises au point en Europe, pour finalement obtenir ce que nous appelons aujourd’hui la série Explorateur. Elle avait choisi ce nom parce qu’elle baptisait chacune de ses nouvelles variétés du nom d’un explorateur, expliquant qu’elle espérait que ses rosiers seraient aussi robustes que ces pionniers l’avaient été.
Parmi les figures qui ont donné leur nom aux rosiers, on retrouve l’explorateur français Samuel de Champlain, connu pour avoir cartographié une partie du nord‑est de l’Amérique du Nord et fondé le premier établissement de la ville de Québec en 1608. Mentionnons aussi la rose « Alexander Mackenzie », qui commémore cet explorateur écossais qui a suivi le fleuve Mackenzie jusqu’à l’océan Arctique en 1789, ainsi que John Franklin, explorateur anglais qui a effectué trois expéditions dans l’Arctique à la recherche du passage du Nord‑Ouest. Lui et son équipage ont cartographié des centaines de kilomètres de nouvelles côtes au cours de leurs voyages. Martin Frobisher, William Baffin et John Cabot figurent également parmi les noms retenus.
Les rosiers Explorateur sont aujourd’hui des exportations canadiennes emblématiques, au même titre que les manteaux Canada Goose ou le café Tim Hortons. On les plante dans les climats froids du monde entier.
Les résultats de ce programme ambitieux ont transformé à jamais les jardins nordiques », écrit la Société canadienne des roses sur son site Web.