Dans un sondage national d’Abacus Data, 67 % des répondants étaient d’accord pour dire que le coût de la vie à l’endroit où ils habitent est le pire dont ils se souviennent.
Ces temps-ci, personne n’aime sa facture d’épicerie. Selon Statistique Canada, en septembre, le prix du café a grimpé de 41 %, celui du bœuf de 17,4 %, des noix et graines de 15,7 %, et les jus de fruits et confiseries affichaient des hausses de plus de 10 %. Une partie de ces augmentations est attribuable au changement climatique. La sécheresse et les inondations soudaines au Brésil et au Vietnam ont fait bondir les prix du café à l’échelle mondiale, et la sécheresse a aussi fait grimper le coût des aliments pour animaux, ce qui a augmenté le prix du bœuf.
Dans un sondage national d’Abacus Data publié le 15 décembre 2025, 67 % des répondants affirmaient que le coût de la vie dans leur région était le pire dont ils se souviennent. Cela signifie que plus des deux tiers des Canadiens voient leur pouvoir d’achat diminuer.
Fait intéressant, les résultats varient légèrement selon l’allégeance politique. Les libéraux se disaient d’accord avec cette affirmation dans 58 % des cas, comparativement à 75 % chez les conservateurs. Mais tout le monde s’entend sur une chose : les prix des aliments sont la principale source d’inquiétude sur l’inflation.
Selon Statistique Canada, peu de gens remarquent que les prix de l’énergie ont diminué cette année. L’Indice des prix à la consommation (IPC) du Canada pour novembre 2025 montre une hausse de seulement 2,2 % par rapport à la même période l’an dernier.
Tout le monde doit manger
Ce n’est pas une inflation effarante. Alors pourquoi avons-nous l’impression d’un problème d’abordabilité? Probablement parce que les prix ont augmenté de 4,7 % à l’épicerie et que tout le monde doit manger.
Après un passage au Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes, Brigitte Boulay a commencé à travailler pour le gouvernement à 21 ans, en conception Web au Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie (CRSNG). Elle a pris sa retraite il y a deux ans.
« J’ai travaillé comme une folle et j’ai pris ma retraite avec une très belle pension et de bonnes prestations. « Je devrais être à l’aise, n’est-ce pas? Eh bien, pas du tout. J’ai la meilleure pension qu’on puisse avoir et plus de la moitié passe au loyer », confie-t-elle.
Dans ses temps libres, Mme Boulay a fondé Shadow Ottawa il y a dix ans, un organisme de travail de rue auprès des personnes sans abri. Aujourd’hui, avec un loyer qui dépasse 2 000 $ par mois, elle dit planifier ses repas uniquement en fonction des rabais. Elle achetait autrefois des chaussettes chaque semaine pour les distribuer aux mendiants, mais elle ne peut plus se le permettre.
« Je ne peux plus faire ça. Ça me fend l’âme de ne plus pouvoir faire ce que je faisais. Mais de quoi devrais-je nous priver, moi et ma famille, pour pouvoir donner? », lance-t-elle.
Tim Sargent est économiste, chercheur principal et directeur du programme de politiques nationales à l’Institut Macdonald-Laurier.
« L’indice des prix lui-même augmente, bien sûr, mais le taux d’inflation est relativement stable. Depuis avant la pandémie, nous avons connu une hausse très importante des prix, un peu plus de 20 % », explique-t-il.
Selon M. Sargent, l’inflation a bondi pendant la pandémie, mais les choses reviennent maintenant à la normale. Pendant cette période de six ans, une inflation de 2 % par an aurait dû mener à une hausse totale de 12 %.
« La perception des gens repose surtout sur les prix qu’ils voient le plus souvent. Et cela signifie l’épicerie », dit-il. « Les prix des vêtements et des chaussures ont en fait baissé de 3,6 %. »
Selon Statistique Canada, le Produit intérieur brut réel par habitant du Canada a augmenté de 6,2 % entre les troisièmes trimestres de 2015 et 2025 (croissance annuelle moyenne de 0,61 %). En comparaison, il avait augmenté de 5,4 % entre les troisièmes trimestres de 2005 et 2015 (croissance annuelle moyenne de 0,53 %).
Une économie relativement résiliente
Malgré Trump et une pandémie, notre économie résiste plutôt bien à la tourmente, jusqu’ici. « Nous avons évité une récession jusqu’à maintenant », ajoute M. Sargent. « Nous avons connu une bonne croissance de l’emploi en fin d’année, et les salaires augmentent à un rythme convenable. Les salaires augmentent plus vite que les prix, et ce, depuis trois ans. » Un économiste de gauche serait-il du même avis?
« L’économie du Canada tient bon après la première année de [l’administration] Trump, sa guerre commerciale et toute l’incertitude qu’elle a [provoquée] », affirme Jim Stanford, économiste canadien, auteur, fondateur du Progressive Economics Forum et directeur du Centre for Future Work. « Et, franchement, je suis surpris que nous n’ayons pas eu de récession. Et le fait que nous n’en ayons pas eu est un bon rappel que notre économie est en réalité assez diversifiée et résiliente à bien des égards. »
Les coûts du loyer de location, du logement et de la nourriture ont tous explosé, ce qui touche de manière disproportionnée les personnes au bas de l’échelle économique, en particulier la génération Z et les retraités à revenu fixe. De plus, si vous travaillez dans les secteurs de l’acier, de l’automobile ou de la foresterie, vous avez peut-être subi des mises à pied en raison des tarifs sectoriels imposés par Trump.
« Mais, dans l’ensemble du secteur manufacturier, il y a aujourd’hui plus de travailleurs au Canada qu’il y a un an », ajoute M. Stanford, saluant les hausses salariales que les syndicats forts ont récemment réussi à arracher à leurs employeurs.
M. Marc Fonda, de Gatineau, a pris sa retraite il y a deux ans, à 60 ans. Même si son épouse travaille encore à temps plein, sa pension — après 35 ans à Affaires autochtones et au CRSNG — suffit à peine à leur faire joindre les deux bouts en ces temps difficiles.
« J’achète maintenant la plupart de mes aliments chez Tigre géant ou Food Basics », dit M. Fonda, déplorant devoir faire l’épicerie pour sa famille dans des magasins à rabais. « J’évite presque complètement les épiceries ordinaires à cause de leurs prix et, quand j’y vais, je ressens un choc [en voyant les prix] qu’elles demandent. »
Budget fédéral et pensions d’invalidité Bien que le budget 2025 ait prévu une hausse de 2,7 % fondée sur l’IPC pour les retraités fédéraux en 2025, ainsi qu’une augmentation de 2,6 % des prestations du RPC, il ciblait aussi les pensions d’invalidité de la GRC, dont l’indexation sera calculée seulement sur l’IPC à compter de janvier 2027.
Auparavant, ces pensions d’invalidité étaient calculées selon les salaires des employés. En passant à l’IPC, les pensionnés pourraient perdre les intérêts composés associés à un montant plus élevé, ce qui pourrait priver des personnes devenues invalides au service du Canada de milliers de dollars.
Patrick Imbeau est l’expert-conseil, sécurité du revenu de retraite, de Retraités fédéraux. Il estime que l’argument du gouvernement — l’uniformisation du mode de calcul de toutes les pensions — est fallacieux. « C’est ce qu’il prétend », affirme-til. « Mais c’est absurde, parce qu’il n’a pas changé la façon dont les vétérans reçoivent la leur. »
Un autre enjeu qui irrite M. Imbeau agace aussi M. James Infantino, agent des pensions et de l’assurance invalidité à l’Alliance de la Fonction publique du Canada.
Les deux hommes s’inquiètent de l’intention du gouvernement de puiser dans le « surplus non autorisé » de la Caisse de retraite, comme il l’a fait l’an dernier pour 1,9 milliard de dollars, en transférant ces fonds du Régime de retraite de la fonction publique au Trésor. Les participants sont censés être consultés sur l’utilisation de cet argent. Cependant, le gouvernement ne l’a pas fait.
« À mon avis », dit M. Infantino, « [le gouvernement] utilise ce surplus de la Caisse de retraite pour financer sa réduction des effectifs et ses difficultés budgétaires. »
Le budget indique que le gouvernement espère éliminer environ 16 000 emplois dans la fonction publique d’ici 2028- 2029. L’objectif à plus long terme est de compter 40 000 fonctionnaires de moins en 2029 qu’en 2024.
M. Imbeau précise que, même si Retraités fédéraux appuie la retraite anticipée pour les travailleurs de première ligne, les programmes d’incitation à la retraite anticipée de grande envergure sont normalement financés à même le budget de l’employeur, et non en puisant au surplus des cotisations des employés.
« Nos membres et leurs cotisations à leur régime de retraite ont payé les incitatifs de retraite anticipée du gouvernement. Leurs propres cotisations servent donc à les pousser vers une retraite anticipée, à les forcer à quitter leur emploi », conclut M. Imbeau.